
Jeune berger qui tente le sort pour savoir s’il est aimé de sa bergère
Vers 1760-1761
Huile sur toile – 72,5 × 59,5 cm
Paris, Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
La rentrée s’ouvre sur un souffle… Encore un instant, et ce jeune berger va souffler sur la fleur qu’il tient au creux des mains. L’envol des aigrettes lui dira s’il est aimé de sa bergère. Toute la scène tient dans cette seconde suspendue. Restauré à l’occasion de la grande rétrospective que le Petit Palais a consacrée à Greuze l’année dernière, ce petit tableau venu des appartements de Madame de Pompadour a retrouvé tout son éclat.

« Tenter le sort »
Un jeune homme, vu à mi-corps et de trois quarts, un panier de fleurs au bras. Il ne regarde ni le paysage, ni nous : il se concentre sur son vœu. Car souffler sur la « chandelle » d’un pissenlit pour disperser ses aigrettes, c’est, selon une vieille coutume, interroger le sort. Il s’agit de la version masculine du « il m’aime, un peu, beaucoup… » que les jeunes filles murmurent en effeuillant la marguerite.
Le vrai sujet n’est donc pas la fleur qu’il tient dans sa main droite, mais l’attente. Tout, chez Greuze, sert cette émotion suspendue : la lumière douce sur le visage encore enfantin, la mèche échappée, la légère tension des doigts. Diderot, qui verra plus tard en lui un grand peintre, crut d’abord n’y trouver « pas grand-chose » : un joli morceau de peinture qu’on prendrait « presque pour un Boucher » (Salon de 1761). Il n’avait pas encore compris que sous la grâce affleurait déjà toute une science de l’âme.
Deux cœurs, deux tableaux
Ce berger n’est pas seul. Commandé en 1756 par le marquis de Marigny, directeur des Bâtiments du roi, pour sa sœur la marquise de Pompadour, il ornait l’appartement privé de la favorite de Louis XV, en pendant d’un second tableau de même format ovale : La Simplicité (aujourd’hui au Kimbell Art Museum de Fort Worth), où une jeune fille effeuille précisément une marguerite. Deux tableaux qui se répondent comme deux amants : lui souffle, elle effeuille, et tous deux, à distance, interrogent le même sort. Longtemps séparés de part et d’autre de l’Atlantique, les deux amoureux avaient été exceptionnellement réunis le temps de l’exposition Jean-Baptiste Greuze. L’enfance en lumière (16 septembre 2025 – 25 janvier 2026), première rétrospective parisienne consacrée au peintre, à l’occasion du tricentenaire de sa naissance. À cette occasion, le Jeune berger a été restauré. Rendu à sa fraîcheur, il est de retour dans les salles du musée.
Greuze, ou l’âme à fleur de peau
Né en 1725 à Tournus, en Bourgogne, formé auprès de Charles-Joseph Natoire, Jean-Baptiste Greuze fut de son vivant une gloire : le public l’acclame, les collectionneurs se l’arrachent, et Diderot en fait son champion. Contre la frivolité gracieuse d’un Boucher ou d’un Fragonard, il impose une peinture du sentiment et de l’intériorité, où le moindre visage devient le théâtre d’une émotion. La faveur passée, on l’oubliera longtemps, jugeant ses scènes trop édifiantes — avant que notre époque ne redécouvre son audace. Car Greuze est un moderne : il ne peint pas des figures, il peint des états d’âme.
Pour aller plus loin…
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Ce Jeune berger de Greuze et tout un cabinet de tableaux amoureux vous attendent dans mon parcours guidé L’art d’aimer au Petit Palais.
Petit Palais, Paris — Avenue Winston-Churchill, 75008 Paris
Collections permanentes — entrée libre. Ouvert du mardi au dimanche, de 10h à 18h — nocturnes le vendredi et le samedi jusqu’à 20h. Fermé le lundi.




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