
Huile sur bois, 87 x 169 cm – Rotterdam, Musée Boijmans Van Beuningen
Le 2 février, la Chandeleur revient comme une évidence gourmande : on fait sauter des crêpes, on rit, on partage. Pourtant, cette fête ne se réduit pas à une tradition culinaire : saviez-vous qu’elle plonge ses racines dans le christianisme ancien ? Elle commémore la présentation de Jésus au Temple, quarante jours après sa naissance. Selon l’Évangile de Luc, le vieillard Syméon reconnaît l’enfant comme une « lumière pour éclairer les nations ». Voilà le cœur de la Chandeleur : une fête de la lumière, au moment où l’hiver commence à céder et où les jours rallongent. œuvre
Très tôt, la célébration s’accompagne de processions aux cierges — d’où son nom, issu du latin candelarum (les chandelles). Au Moyen Âge, ces cierges bénis deviennent des objets protecteurs que l’on conserve dans les maisons : la lumière quitte l’église pour entrer dans le quotidien. Et la crêpe, ronde et dorée, s’impose peu à peu comme symbole solaire : une manière très simple — et très ancienne — de fêter le retour du renouveau.
C’est précisément cette alliance entre rite et quotidien, croyance et convivialité, que met en scène le peintre néerlandais Pieter Aertsen dans son tableau Les Mangeurs de crêpes (1560). Nous sommes devant une scène d’intérieur : deux hommes, deux femmes et un enfant réunis près de l’âtre, tandis que crêpes et gaufres cuisent au feu. Rien d’héroïque, seulement des gestes simples, un foyer, une chaleur. Mais cette simplicité est trompeuse : Aertsen appartient à cette tradition du réalisme flamand qui fait du quotidien un théâtre de sens. Tout est observé avec précision : les corps, les textures, les aliments, la lumière du feu. Ce réalisme n’est pas seulement décoratif : il dit quelque chose d’essentiel sur la peinture nordique du XVIe siècle, où le profane devient digne d’être peint, et où le sacré l’imprègne, en se glissant parfois dans les détails les plus ordinaires.


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