Georges de La Tour, Le Souffleur à la pipe (1646)

Georges de La Tour
Le Souffleur à la pipe
1646
Huile sur toile, 71 x 61 cm
Tokyo Fuji Art Museum

Un jeune homme souffle sur une braise rougeoyante. La lumière fragile qu’il ravive éclaire sa main, son visage, et fait surgir la scène du noir le plus profond. Sujet familier chez les caravagesques nordiques, le souffleur devient chez La Tour une image d’une intensité rare : un simple geste quotidien, transfiguré par le clair-obscur, prend une dimension presque mystique. La lumière ne décrit pas le réel, elle l’invente — modelant les formes avec une poésie silencieuse, comme une métaphore discrète de l’âme cherchant à ranimer la foi.

Georges de La Tour, Le Souffleur à la pipe (détail)

Signée et datée de 1646, la version conservée au Tokyo Fuji Art Museum est considérée comme l’originale d’une composition qui connut un véritable succès. L’œuvre fut copiée à de nombreuses reprises, probablement dès le vivant de l’artiste. L’une de ces versions se trouve aujourd’hui à Nancy, au Musée lorrain. Cette question des copies est essentielle pour comprendre la diffusion du style de La Tour. Seule une quarantaine d’œuvres autographes lui sont aujourd’hui attribuées, et la chronologie de son œuvre reste fragile. Une difficulté s’ajoute : La Tour a très rarement signé ses tableaux, et plus rarement encore les a datés. À ce jour, trois œuvres seulement sont connues comme étant à la fois signées et datées. Le Souffleur à la pipe conservé à Tokyo appartient à ce cercle extrêmement restreint. Mais cette rareté documentaire ne doit pas masquer un fait capital : Georges de La Tour fut un peintre reconnu de son vivant. Son œuvre rayonna bien au-delà du foyer lorrain, comme en témoignent les nombreuses copies de ses compositions, réalisées soit dans son entourage, soit par des suiveurs. Cette circulation prouve non seulement sa célébrité, mais aussi la puissance d’un style immédiatement identifiable : un art de la lumière, du silence, et de la présence intérieure.

Pour cette seule composition du Souffleur à la pipe, pas moins de neuf versions différentes sont aujourd’hui recensées. Le tableau conservé à Tokyo semble en être la matrice, la version de référence. L’exemplaire de Nancy, quant à lui, révèle — lorsqu’on l’observe de près — une exécution légèrement moins raffinée. Certaines faiblesses apparaissent dans le rendu des lèvres, dans la précision des plis du col, ou encore dans l’oubli des boutons supérieurs du justaucorps. Ces détails ont conduit les historiens à rejeter une attribution directe à La Tour ou à son atelier. Il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une copie de belle qualité, capable de préserver l’essentiel : la force dramatique de l’éclairage.

D’après Georges de la Tour
Le Souffleur à la pipe
XVIIe siècle
Huile sur toile, 77 × 63 cm
Nancy, Musée lorrain – Palais des ducs de Lorraine (dépôt du Musée du Louvre)


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