La possibilité d’une île (2/5) : Klimt

Gustav Klimt, Île sur l’Attersee.
Vers 1901. Huile sur toile. Collection privée.

Island_in Klimt

Il y a certes plus d’exotisme dans la toile de Gauguin que dans celle de Klimt, peinte quelques années plus tard, vers 1901. Alors que Paul Gauguin renouvelle ses sources d’inspiration en allant s’installer à Tahiti, Gustav Klimt, chef de file de la Sécession Viennoise fondée en 1897, s’adonne chaque été à la peinture de paysage, notamment au bord du lac Attersee, en Haute-Autriche, où il passera ses vacances pendant plus de 20 ans. Pour autant, au décentrage géographique opéré par le premier répond le décentrage du sujet pratiqué par le second, au sein-même de la composition, dans une démarche tout aussi radicale. Au fond, pour chacun d’eux, le véritable sujet du tableau est la surface picturale elle-même.

En plaçant sa ligne d’horizon extrêmement haut, Klimt dédie la majeure partie de sa toile à l’élément aquatique, laissant une portion très congrue à la représentation de l’île et de la rive du lac, rejetées dans la partie supérieure. Dans une technique néo-impressionniste, l’artiste juxtapose de petites touches de couleurs dominées par le vert, le jaune et le rose, et crée ainsi un effet de vibration intense, la surface du tableau devenant la surface de réverbération et de scintillement de l’eau. Bien qu’étant admirateur de Monet et peintre sur le motif, Klimt n’est pas vraiment préoccupé par le rendu des atmosphères et de la luminosité comme pouvaient l’être les impressionnistes. Ses paysages tendent vers l’abstraction et vers une disparition des éléments figuratifs, à l’instar de cette île, qui n’est plus qu’une tache sombre, tronquée par le bord haut du tableau, et vers laquelle fuit automatiquement le regard du spectateur, glissant sur cette large surface-écran sans repère.

Dans cette peinture de Klimt, l’île est à la fois « magnétique et fuyante » (Marie-Louise von Franz, L’Interprétation des contes de fées). Inséparable de son ombre, elle excite l’imagination, attire notre regard sans qu’on puisse réellement l’appréhender ni lui donner de dimension tangible. Elle est comme ce début de conscience vulnérable qui émerge de l’océan primordial de l’inconscient, ramenant à la surface « les sédiments accumulés de souvenirs lointains, des désirs interdits, des traumatismes dissociés ». (Le Livre des symboles, Taschen).

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